Depuis quelque temps, on entend beaucoup parler de l’état de la production mondiale de café et de la forte hausse des prix. Mais à quel point la situation est-elle préoccupante ? Le café est-il destiné à devenir un produit de luxe au lieu de faire partie de notre quotidien ? Dans cet article, nous examinons ce qui se passe réellement ainsi que les perspectives pour tous ceux et celles qui torréfient, servent et boivent du café tous les jours.
Forte hausse des prix du café
Le prix du café a plus que doublé au cours de la dernière année et plus que triplé depuis cinq ans. Très récemment, les hausses ont été particulièrement fortes : les prix ont grimpé de 57 % en quatre mois jusqu’à fin février.
Tout d’abord, un peu de contexte. Les trois premiers pays producteurs de café représentent 63 % de la production mondiale : Le Brésil (40%), le Vietnam (16%) et la Colombie (7%). Tout ce qui se passe dans l’un de ces pays – en particulier au Brésil – a un impact important sur les marchés du café dans le monde entier. Or, ces pays ont tous connu des problèmes majeurs au cours des dernières années.
Des temps difficiles pour les producteurs de café
Chacun de ces pays a été victime des événements climatiques extrêmes qui ont perturbé la production, qu’il s’agisse de pluies excessives en Colombie, de fortes gelées suivies de conditions anormalement chaudes et sèches au Brésil, ou d’une saison des pluies retardée et de températures supérieures à la moyenne au Viêt Nam.
En outre, les prix des engrais ont grimpé en flèche à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine, ce qui a limité les quantités utilisés par les agriculteurs, entraînant une baisse supplémentaire des rendements.
Des difficultés continuent : en septembre l’année dernière, le Brésil a été frappé par la pire sécheresse depuis le début des relevés il y a 70 ans, ce qui affectera les récoltes pour 2025/2026. Cependant, certaines tendances positives se dessinent. De grands producteurs comme FAF au Brésil travaillent avec de nombreux agriculteurs pour mettre en place des méthodes agro-forestières qui permettraient de mieux résister aux conditions climatiques extrêmes. Enfin, les prix semblent se stabiliser et ont même baissé légèrement depuis quelques semaines.
Augmentation de la demande de café
En parallèle des difficultés de production, la demande pour le café a augmenté de manière conséquente, en particulier de la part des pays qui ne sont pas traditionnellement de grands consommateurs de café mais qui sont en train de le devenir. En tête de ce groupe figure la Chine, dont la consommation a triplé au cours des dix dernières années.
Et voilà tous les ingrédients du cocktail nécessaires pour faire grimper les prix…
Prix du café à long terme
Un aperçu de l’évolution des prix sur le long terme permet de mettre tout cela en perspective. Depuis les années 1970, il y avait cinq ou six pics importants. Certes, le dernier en date est le plus élevé en termes absolus. Mais en termes réels, compte tenu de l’inflation, le prix était bien plus élevé lors des pics de 1977 ou 1997. Le premier message est donc que ce n’est pas la première fois que nous assistons à de fortes hausses de prix. Pas besoin de paniquer pour l’instant.
Il convient également de noter qu’à de nombreuses reprises dans le passé, le prix du café a été si bas qu’il était inférieur au coût de production ! Cela représente une situation catastrophique et insoutenable pour les agriculteurs et signifie qu’au moins une partie de l’ajustement depuis 2020 était inévitable et nécessaire.
Et le prix des cafés torréfiés ?
Mais quelle a été l’ampleur de cet impact sur l’ensemble des acteurs du secteur des cafés de spécialité ?
On estime que le café de spécialité représente environ 5 % du marché du café en France. Il n’existe pas de prix marché unique donc nous ne savons pas mesurer exactement les hausses. Néanmoins, selon notre expérience nous dirions qu’il a augmenté d’environ 10 à 20 % au cours de l’année dernière et de 30 à 40 % au cours des cinq dernières années – rien à voir avec les augmentations du café vert (non torréfié) de base. En fait, chez The Stray Bean, d’autres hausses de prix ont été plus problématiques au cours des derniers cinq ans : 40% pour le lait, 70% pour le sucre et 98% pour le chocolat !
Pourquoi les prix des cafés de spécialité n’ont-ils pas augmenté davantage ? Tout d’abord, parce que les cafés de spécialité ont toujours coûté plus cher que les cafés de base ! Les plantations sont moins intensives et les agriculteurs investissent plus de temps et de ressources pour améliorer les processus de récolte, de séchage et de triage. Les prix sont un peu moins lié aux fluctuations des marchés du café de base qu’à d’autres facteurs, tels que les coûts de main-d’œuvre. Si ces derniers ont également augmenté, les hausses ont été moins importantes.
N’oublions pas non plus qu’il se passe beaucoup de choses à partir du moment où le café quitte la ferme. Il est expédié, torréfié, distribué, moulu, extrait et servi par, on espère, un excellent barista dans votre café préféré ! Le café vert n’est qu’un des éléments qui composent le produit final. Doubler son prix ne doublera pas le prix payé par le consommateur.
Dernière chose : même lorsque les prix sont élevés, comme c’est le cas actuellement, le café de spécialité reste beaucoup moins cher que la plupart des autres boissons. Achetez un sac de 250 g de grains pour 12 € et vous obtiendrez d’excellents cafés à la maison pour un prix, selon la quantité utilisée, compris entre 45 et 75 centimes d’euro la tasse ! C’est bien moins cher qu’un verre de bière, de vin ou de soda.
C'est parti pour la torréfaction !
Notre conclusion ? Dans l’ensemble, nous restons confiants dans l’avenir du café de spécialité. L’agriculture et le transport deviennent plus écologiques et durables, les prix devraient rester très abordables pour encore longtemps, et il existe un énorme potentiel de croissance. Il ne représente encore que 5 % du marché du café et de plus en plus de gens recherchent, à juste titre, une meilleure qualité.
Tout cela signifie que … nous avons de la torréfaction à faire !